Didier Sribny
Joseph Margueritte
PÉPÈRE
C'est
après
le
dessert
que
ça
m'avait
pris
la
crise, la crise de rire.
J'étais
à
souper
chez
les
parents
à
la
Louise...
Elle
s'appelle
maintenant
Louise
Soupot.
À
l'époque
elle
était
encore
Louise
Bonardo,
c'est
toujours
son
nom
de
jeune
fille.
Pour
commencer,
on
a
mangé,
un
potage
poireaux
pommes
de
terre,
pour
commencer.
Vraiment
très
bon,
le
potage
poireaux
pommes
de
terre,
(il
met
son
pouce
en
avant)
esstra
!
Y
avait
Pépère
qui
s’est
fait
disputer
par
sa
fille,
rapport
aux
“SLURPS”
qu'il
faisait
avec
la
bouche
et
qui
gênaient
tout
le
monde pour écouter le poste.
Faut
dire
aussi,
que
Pépère
avec
ses
Slurps, il y allait pas de main morte.
Il
avait
même
pas
encore
commencé
à
tremper
sa
cuillère
dans
son
écuelle
qu'il
était déjà re-parti à faire “SLUUUURP”.
Alors
la...
la
cuillère,
la
cuillère
quant
elle
arrivait
à
sa
bouche,
même
si
elle
avait
beaucoup
perdu
en
cour
de
route
rapport
à
ses
mains
qui
tremblaient,
le
Pépère
était
déjà
à
cour
de
souffle
et
la
soupe
poireaux
pommes
de
terre,
une
fois
sur
deux
elle
passait
de
travers,
et
Pépère
n’en
finissait
pas de s'étouffer.
N'importe
comment,
Il
faisait
pas
bon
de
se
trouver
en
face
de
lui
même
si
sa
moustache
restait
encore
suffisamment
garnie
pour
faire
un
peu
écran.
Enfin
je
suis médisant.
«
Nom
d'un
chien
Pépère…»
sa
fille
lui
a
dit.
«
Si
tu
crois
que
c'est
agréable
de
manger avec toi, en face de toi ! »
Elle était pas contente. Elle lui a dit :
«
Tu
peux
pas
t'arranger
pour
faire
“Slurp”
simplement
comme
tout
le
monde.
Où
c'est
qu't'as
appris
à
manger
?
C'est
pas
la
porcherie ici ! »
Pépère,
lui,
il
continuait
à
faire
“SLUUUURP” comme s'il entendait rien.
J'l'aimais
bien
Pépère,
ça
a
toujours
été
un
brave homme.
Il
avait
bien
connu
mes
parents
nourriciers,
mais
enfin
je
reconnais
que
sa
fille
était
peut-être
un
peu
sévère
avec
lui,
mais
il
faut aussi la comprendre.
Enfin
bref,
pour
continuer
on
a
mangé
du
cuisseau d'chevreuil.
Un
cuisseau
du
chevreuil
que
le
père
Bonardo
avait
abattu
la
semaine
d'avant
dans
les
bois
de
Vernon,
une
chasse
privée
qu'est
vraiment
pas
chère,
même
encore
aujourd'hui.
Attention,
n'y
va
pas
qui
veut.
Y
a
le
Charles
Grallu,
le
grainetier
de
la
place
Saadi
Carnot,
y
a...
Monsieur
Petitjean,
un
gros
bonnet
qui
travaille
à
la
préfecture,
y
va
aussi...
Albert
Léonard
du
“Chapeau
Rouge”,
le
Bernard
Mingot
de
la
coopérative
et
encore
d'autres
que
je
connais
pas
tous
les
noms,
mais
rien
que
des huiles triées sur le volet.
Y
allaient
aussi,
mais
y
vont
plus,
des
amis
à
moi
:
le
Docteur
Dulot
qui
a
sa
clinique
maintenant, mais il travaille plus.
Y
allait
mais
y
va
plus,
Noël
Duterrier
qu'est passé sénateur à présent.
C'est
drôle
que
Duterrier
il
est
devenu,
il
est
devenu
bête
d'un
seul
coup,
il
est
devenu
plus
rien
du
tout.
C'est,
c'est
un
monde
de
voir
ça,
l'intelligence
où
ça
peut
pousser...
L'intelligence
peut
pousser
une
personne
à
devenir
cinglée.
Moi
c'est
pour
ça,
j'suis
né
un
peu
couillon,
j'prend
d'l'intelligence
en
grandissant.
(Rire)
Enfin
bref,
on
en
était
à
manger
le
chevreuil
du
père
Bonardo...
Je
sais
pas
si
vous
avez
déjà
mangé
du
chevreuil
?
Celui
là
était
vraiment
fameux.
(Il
lève
le
pouce)
Esstra
!
En
fait
de
chevreuil
c'était
un...
un
panaché...
un
panaché
chevreuil
sanglier
avec
des
pommes
lorettes
acompagné
d'un
panaché haricots verts flageolets.
Un
régal
!
Vraiment...
(il
met
son
pouce
en
avant)
Mais vraiment.
Pas
de
salade
mais
les
plats
ont
quand
même été repassés deux fois.
Enfin
bref
j’abbrège...
Par
parenthèse,
il
y
avait
la
Martine,
une
cousine
ou
quelque
chose
comme
ça,
qui
faisait
le
service
de
table, elle est maintenant à Chatelreault.
Elle
me
dit
en
cachette
:
«
Zoseph
ze
suis
très z'embêtée…»
La
pauvre
c'est
pas
un
cheveux
qu'elle
avait
sur
la
langue
mais
bien
une
touffe
de
poils.
Je
lui
dis
:
«
Qu'est-ce
donc
qui
te
tracasse
comme ça ? »
Elle
me
dit
qu'elle
était
zembêtée
parce
que,
elle
disait
que
sur
le
plat,
elle
savait
pas
comment
reconnaître
la
différence
entre
un
morceau
de
chevreuil
et
un
morceau de sanglier.
Je
vais
pour
lui
expliquer,
“Martine,
ma
petite
Martine,
pour
distinguer
un
morceau
de
chevreuil
d'un
morceau
de
sanglier
il
faut...”
que
c’est
juste
à
ce
moment
précis
qu'il
y
a
Pépère
qui
se
lève
en
marmonnant
qu'il
avait
très
très
besoin
d'aller
au
petit
coin.
Alors
évidemment
il
y
a
sa
fille
qui
lui
a
crié dessus :
«
Pépère,
ça
se
fait
déjà
pas
de
se
lever
au
milieu
du
repas
en
temps
ordinaire,
mais
quand'te
il
y
a
des
invités
tu
pourrais
au
moins
attendre
d'y
être
arrivé,
au
coin,
avant
d'commencer
à
déballer
tout
ton
attirail ! Ça fait vraiment mauvais genre.»
J’ai
juste
le
temps
d'expliquer
à
la
Martine
comment
reconnaître
la
différence
qu'il
y
avait
entre
le
chevreuil
et
le
sanglier.
que
Pépère
s'est
encore
refait
crier
dessus
à
son
retour,
à
cause
qu'il
avait
pas
fini
de
réemballer
tout
le
matériel
vu
que
le
pauvre,
il
était
était
pressé
de
retourner
à
table
par
peur
de
rater
le
dessert.
Ça
c'était
son jour au Pépère.
Pour
en
revenir
à
comment
qu’on
distingue
un
morceau
de
chevreuil
d'un
morceau
de
sanglier
il
faut
vraiment
pas
avoir
les
yeux
qui
sortent
de
la
cuisse
de
Polytechnique pour y voir.
Si
vous
vous
devez
y
savoir,
elle
y
savait
pas.
Allons
donc
!
Vous
m'diriez
que
vous
y
savez
pas,
que
je
vous
croirait
pas...
Je
crois
que
vous
voulez
me
faire
marcher
mais je vous en veux pas.
Le
chevreuil,
la
viande
est
beaucoup
moins
rouge
que
celle
du
sanglier
voyons,
même
s'il est tué au couteau.
Bref.
Comme
dessert
on
a
eu
droit
à
des
pêches
au
vin
rouge
pour
terminer.
Vraiment...
(il
met
son
pouce
en
avant)
succulentes.
Esstra
!
Et...
pour
en
finir,
pour
en
finir
on
avait
eu
le
temps
de
prendre
le
café
mouillé,
on
en
était
au
pousse
café
que
Pépère,
lui,
il
en
était
toujours
au
dessert.
Même
qu'il
avait
recommencé
à
faire
«
SLUUUURP
!
»
rapport
au
jus
des
pêches,
mais
sur
la
fin
ça
s'était
calmé
vu
qu'il
avait
commencé
à
sucer les noyaux.
C'est
alors,
c’est
alors
que
le
Louis
Bonardo,
le
père
à
la
Louise,
il
en
vient
à
raconter
une
histoire
pas
piquée
des
hannetons,
une
histoire
drôle
puisqu'il
l'avait
lue
je
crois
bien...
je
crois
bien
dans...
dans...
dandandan...
dans
l'almanach.
Elle
était
tellement
drôle
que
j'ai
pas
pu
me
retenir
d'éclater.
Éclater
de
rire
vous
aurez
compris.
Et
du
moment
que
c'était
parti,
impossible
que
j'm'arrête
d’autant
plus
qu'à
la
fin
tout
le monde était plié en quatre...
En
quatre
de
rire.
De
rire
mais
plié
tout
de
même. Jusqu'au Pépère…
Jusqu'au
Pépère
qui
pouvait
pas
avoir
entendu
l'histoire
rapport
à
ses
oreilles.
Jusqu'au
Pépère,
une
supposition
à
nous
voir
dans
l'état
où
nous
on
était,
il
s'était
mis
à
partir
lui
aussi.
Partir
à
rire.
La
contagion c'est contagieux.
Et
comme
pépère
s'était
mis
à
tousser
encore
plus
qu'à
l'habitude,
ça
a
relancé
la
rigolade de plus belle, même sa fille.
On
a
rigolé,
ça
a
bien
tourné
encore
un
quart
d'heure,
un
quart
d'heure
montre
en
main. J'exagère pas.
Bref
quand'te
on
s'est
arrêté
tellement
on
en
pouvait
plus
de
rire,
le
Pépère
lui
il
était
toujours
encore
écroulé.
Ecroulé
sous
la
table...
Alors
là
évidemment
il
s'est
refait
redisputer
une
fois
à
nouveau
à
cause
qu'il
savait
vraiment
plus
se
tenir
et
que
cette
fois
c'était
bien
la
dernière
fois
qu'il
mangerait
à
table
quand'te
il
y
aurait
des
invités !
Elle
croyait
pas
si
bien
dire...
Il
a
fallu
qu'on
s'y
mette
à
plusieurs
pour
le
sortir
d'en
dessous
tellement
il
était
plié
en
deux.
Le Pépère était mort...
Mort
de
rire
d'accord...
mais
vraiment
mort.
Merd'alors,
raide
mort
le
Pépère...
!
Sans
rire.
On
est
allé
le
mettre
sur
son
lit.
On
est
retourné
finir
la
bouteille
de
champagne
qu'on
avait
débouchée
au
dessert,
pour
pas
perdre.
On
en
a
redébouchée
une
autre
rapport
à
ce
qu'il
y
en
avait
pas
assez
pour
tout
le
monde.
On
a
repris
café
mouillé,
pousse-café,
re-repousse-café
en
attendant
l'docteur.
L’docteur
Dulot
est
arrivé,
le
père
Louis
à
sorti
une
bouteille
de
prune
de
derrière
les
fagots
qu’il
fallait
pas
toucher
et
que
Pépère
gardait
pour
les
bonnes
occasions,
mais le cœur n'y était plus.
Tout
ça
pour
une
histoire
de
l'almanach.
C'était
quoi
l'histoire
?
Il
était
question
de...
de...
de
poêle,
de
tuyaux
et
de
matelas
quelque
chose
comme
ça,
c’est
tout
ce
qui
me revient. Une histoire drôle quoi.
La Louise me dit :
«
Tu
me
diras
pas,
qu’on
lui
avait
pourtant
toujours
bien
dit,
au
Pépère,
Pépère,
il
faut
jamais...
jamais...
jamais
sucer
les
noyaux.
Remarque
il
fallait
bien
qu'il
meure
d'une
façon ou d'une autre.»
C'est
vrai
que
n'importe
comment,
présentement, il serait mort de toute façon.
Quel
âge
ça
lui
ferait
donc...
?
109/110...
?
Enfin
bref.
Y
en
a
qui
dise,
“Mourir
de
rire, c'est une belle mort...”
Peut-être
bien.
Moi
j'dirais
que
c'est
une
drôle de mort, même si c'est pas drôle.
***