Didier Sribny
Joseph Margueritte COCOTTE Un après midi alors que c’était vraiment pas le boulot qui manquait, voilà t’y pas qu’elle décide de s’arrêter de travailler, comme ça sans prévenir. Merd’alors. Je me dis : « Je vais pas m’énerver.» C’est souventes fois qu’on s’énerve et qu’on se dit plus tard qu’on aurait mieux fait d’y réfléchir à deux fois. Je lui dis : « C'est pas grave ma petite cocotte, repose- toi un petit quart d’heure, Pépé va en profiter pour aller prendre son quatre heure, son five o'clock.» A mon retour madame ne voulait toujours rein savoir, rein, rein de rein. Merd’alors, me faire ça à moi, moi qui l’ai toujours chouchouté. Merd’alors. Sûr qu’on a m’entendre de loin lui crier dessus. Vingt minutes plus tard j’étais obligé de m’excuser auprès d’elle. Quan’te je dis vingt minutes j’exagère, c’était peut-être quinze. « Excuse-moi ma petite cocotte ! Pardon ma petite cocotte... ! Ton Pépé il avait rein compris, rein de rein, Merd'alors ! Merd'alors de merd'alors ! Excuse-moi de t’avoir brusquée.» C’est vrai que je l’avais brusquée. J'avais eu beau beau lui tirer la ficelle en mettant les gaz, sans mettant les gaz, j'avais eu beau beau lui titiller le starter, rein ! Rein. A voulait rein savoir. J’étais colère. Je venais de lui offrir une bougie neuve… Même avec la bougie neuve Tondeuse elle voulait rein entendre. J'en ai quand même eu pour 2 billets de mille ! Pour vous en finir, vous allez rire. Le premier couillon venu aurait compris ce qu’elle cherchait à me dire. Je suis sûr que vous, vous y auriez compris tout de suite. Faut pas sortir de la cuisse à Jupiter pour comprendre qu’elle avait plus rein dans le ventre la pauvre petite cocotte, le ventre vide, il y a pas de quoi rire. Quand'te le couillon il se rend compte que c'est vous le couillon... pas vous mais moi, on s'retrouve tout couillon. La queue entre les jambes; je sais bien que ça se dit pas, mais ça veux bien dire ce que ça veut dire. Ceci mis à part, Tondeuse elle peut pas se plaindre. Faut voir comme elle est entretenue ! Sitôt fini de travailler, sitôt nettoyée, ses lames passées au gasoil et... dodo dans la r'mise. Jamais couchée dehors. C’est pas que je coure après les compliments, j'y tiens pas bien, j'aime pas m'envoyer des fleurs. mais c’te couillon de Joseph Margueritte, tout couillon qu'il est avec son air bête et sa vue basse, il a reçu des compliments du Gaston Gillo, pas plus tard qu’il y a trois jours, quatre si une supposition on tient compte du jour d’aujourd’hui... « Magui, il me dit, je connais personne comme toi qui traite sa tondeuse aussi bien que toi tu la traites.» Pour en revenir à Tondeuse, la pauvre petite cocotte il me restait plus qu’à lui apporter son five o'clock à elle. Moi pour mon quatre heures, je prends toujours un bol de Nesquick avec du lait froid, et j'y trempe des petits beurre. J'ai toujours une boite de petits beurre d'avance. J'aime bien les petits beurres dans le Nesquick, et puis, les quatre gros coins, je sais pas pourquoi, mais ça m'a toujours fait rigoler... J'sais pas pourquoi. Enfin si je sais pourquoi : on dirait comme qui dirait quatre petites oreilles… À c’qu’on dit les petit Lu ça serait un calendrier. Il y a 52 dents pour les 52 semaines, 4 gros coins pour les 4 saisons 24 petits trous pour les 24 heures et ils font 7 centimètres pour le 7 jours de la semaine, enfin pour moi je reste sur les quatres petites oreille. Je ris ! Je ris c'est à cause du five o'clock. C'est Madame la Duchesse qui disait ça. La Duchesse de Soblignac, la Duchesse mère : « Mon petit Joseph, pourriez-vous avoir la gentillesse de nous servir le five o'clock au pt'it salon. » — Oui Madame. Un jour j'ai la langue qui s'est emberlificoté les pinceaux, j'ai dit : « Le “five en cloque” de Madame la Duchesse est servi... » Ça l'a fait beaucoup rire et Monsieur pareillement. Quand elle est tombée malade et qu'elle devait garder le lit, souventes fois je lui portais son thé dans la chambre. Un jour elle me fait un petit signe du doigt, pour que je m'approche, elle pouvait pas parler très fort. Elle m'a dit à l'oreille, avec un clin d'œil : « Mon petit Joseph, promettez-moi de le répéter à personne, faut qu'ça reste un secret entre nous... Voilà : il n'y a plus guère que vous et votre “five en cloque” pour me remonter le moral. » Elle a décédé pas bien longtemps après. Je l'aimais bien, c'était pas n'importe qui la Duchesse de Soblignac, la mère Duchesse. Je dis pas ça parce que c'était une noble ou une “ de ” je ne sais quoi. Enfin bref, pourquoi donc j'parlais de ça ? Ah oui ! c'était rapport au five o'clock de Tondeuse. C’est rapide : l'entonnoir sul'trou, la jerricane sur l'entonnoir, deux minutes... j'exagère ! Le mélange est déjà préparé. Une minute montre en main, guère plus et c’est reparti comme en quarante. 3%, le mélange, 3%. Au début je m'souviens, j'y donnais du 4% et c'est un jour que... le... le... que le beau frère, le beau frère à ma copine de Ratilly la mère Tuffaut, il m'dit, comme ça : « Magui, t'y mets donc quoi comme pourcentage à ta tondeuse ? Si c'est pas indiscret.» J’y dis : « Gérard, moi, j'y donne du 4%. Du 4% comme c'est écrit sur la mode d’emploi.» C'est là qu'il dit : « La mode d’emploi c'est bien, mais maintenant qu'elle a passé son rodage, donne-lui z’y du 3%. Elle fumera moins. Et il me dit : tu verras elle marchera mieux. » J'ai fait à 3%, à 3%, comme il m'a dit, et bien j'ai jamais, jamais, jamais, mais vraiment jamais eu a le regretter. Faut dire que le conseil sortait pas de la bouche à n'importe qui. Le Gérard, il a quand même été mécanicien, et puis mécanicien en chef dans un garage des “environs de la région de Lyon” pendant... au moins 30 ans j'exagère pas. Depuis, la petite cocotte elle tourne comme une vraie horloge. ***