Didier Sribny
Joseph Margueritte
CHEVAUX
Moi
j'comprends
pas
bien...
je
conduis,
enfin
j'conduis
plus,
mais
j'ai
conduis
beaucoup,
même
au
Château
de
Castelbrandy
où
j'ai
travaillé
pendant
huit
ans, jamais égratigné une peinture.
C'est
vrai
qu’au
château
de
Gil
sur
la
Trente
chez
les
De
la
Tuile,
le
Monsieur
chauffeur
m'avait
appris
à
conduire
;
c'est
qu'il
mettait
des
chaussures
à
clous
;
il
vous
disait
pas
un
mot,
c'est
un
gars
qu'était
pas
brutal
;
il
était
toujours
les
yeux sur vos pieds.
D'un
seul
coup
on
sentait
gentiment
un
p'tit coup d'coude... :
« Vous savez pourquoi... ?»
—
Oui
Monsieur.
Parc'que
j'ai
fait
ça
qu'j'aurais pas dû...
— Exactement.
Vous
croyez
qu'c'était
pas
aussi
bien
quand
on
apprenait
à
conduire
comme
ça,
qu'à
l'auto-école
maintenant
!
On
conduisait
aussi bien. (Un court silence)
Assez
causé,
le
temps
se
gâte,
il
y
a
du
travail qui m’attend.
«
Viens
avec
ton
pépé
ma
petite
cocotte.
On va couper de l’herbe.
Moi
j'ai
eu
mon
permis
de
conduire
le
8
juillet
1931,
un
mercredi.
Ça
aurait
pu
se
passer
un
vendredi
ou
un
lundi
ça
aurait
rien
changé,
j'ai
jamais
rien
cassé,
j'ai
jamais rien brisé.
Avec
toi
j’ai
pas
besoin
de
passer
un
permis tondeuse.
Tu
sais
avant
toi
le
pépé
il
a
connu
le
temps,
quand'te
il
fallait
tout
couper
à
la
faux.
D'ailleurs
au
moment
qu'j'ai
débuté,
je
sais
que
chez
les
De
Striknine
au
château
de
Striknine
sur
la
Cure
on
y
faisait
tout
à
la
main
que
maintenant,
merd'alors
on
sait
plus
trop
quoi
inventer
comme
machine
à
refouler
le
boulot.
Ne
te
fâche
pas,
je
dis
pas ça pour toi ma petite cocotte.
Et
puis
le
pépé
Joseph
il
a
aussi
connu
les
ch'vaux...
C'était
beau
les
ch'vaux
!
Je
me
rappelle
dans
le
temps
dans
le
temps,
c'était
t'y
donc
pas
beau
quand
il
y
avait
une
charrue
dans
un
champs
avec
trois
z'ou
quatre
juments
l'une
derrière
l'autre
qui
marchaient
dans
l'sillon,
c'était
donc
pas
beau...
que
à
présent
les
paysans
les
voilà
partis
teuf
teuf
teuf...
Les...
les...
les...
les
paysans
c'est...
c'est
pas
que
je
leur
en
veux;
au
contraire
parc'que
j'en
suis
un
moi...
Le
pauvre
type
toute
la
journée...
teuf
teuf
teuf teuf teuf teuf.
Tandis
s'que
dans
l'temps
on
pouvait...
on...
on...
on...
on
causait...
on
causait
aux
ch'vaux...
On
pouvait
causer
aux
ch'vaux...
Tandis s'qu'aujourd'hui...
Allez
un
peu
de
courage,
viens
avec
ton
pépé
ma
petite
cocotte
on
va
aller
faire
“
teuf
teuf
”
tous
les
deux,
le
pépé
Joseph
Margueritte
et
toi.
Faut
pas
se
laisser
abattre,
y
a
quand
même
gros
de
travail
à
faire.
J'espère
qu'on
réussira
à
passer
entre
les
gouttes.
***