Didier Sribny
Joseph Margueritte
BOUDIN
Je
ne
sais
pas
si
vous
aimez
le
boudin.
Mais
si
vous
aimez
le
boudin,
j'achète
toujours
le
boudin
chez
Madame
Pimpol,
c'est du boudin de campagne.
D'ailleurs
ce
soir
je
vais
manger
une
portion
de
boudin,
c'est
du
boudin
de
la
maison
Pimpol.
Je
vais
bien
me
régaler.
Le
boudin je le fais pas cuire, je le mange cru.
« Y a des gens qui peuvent pas le digérer.»
Il
y
a
une
dame
qui
disait
ça
chez
Pimpol
l'autre jour...
Par
parenthèse
Madame
Pimpol,
Pimpol
mère,
elle
est
toujours
excessivement
gentille
avec
moi,
elle
m'adore,
je
sais
pas
pourquoi,
c'est
toujours
du
:
Monsieur
Joseph
par-ci
ou
du
Monsieur
Magui
par
là.
Je
sais
pas
pourquoi
mais
je
la
fais
rire,
elle me fait rire aussi.
Qu'est-ce que j'étais en train de dire ?
Ah oui.
L'autre
jour
à
la
boucherie
Pimpol
y
a
une
dame
qui
disait
:
«
Excusez-moi
Madame
Pimpol,
mais
le
boudin
j'arrive
pas
à
le
digérer. »
Moi je lui dis :
«
Je
voudrais
pas
me
mêler
de
ce
qui
me
regarde
pas...
Madame
moi,
ici…
j'ai
dis,
moi ici j'ai pas d'intérêts...
J'ai
dis
:
«
Madame
Pimpol
me
donne
pas
de pourcentage...»
Alors
évidemment
le
jeune
Gaston
et
puis
sa
femme,
l'Adeline,
il
a
rigolé
et
puis
il
m'a cligné de l'oeil.
J'ai dis :
«
Moi
je
touche
pas
de
pourcentage
pour
faire
vendre
la
marchandise
à
Madame
Pimpol,
mais
j'ai
dis
:
«
Il
y
a
une
chose
certaine,
vous
mangez
du
boudin
de
la
maison
Pimpol
:
–
C'EST
DU
BOUDIN
DE CAMPAGNE.»
––
Bein...
elle
me
dit,
j'aime
bien
le
boudin
de
campagne...
mais,
elle
dit,
celui
là
j'ai
des renvois et chez le charcutier aussi.
Bein j'ai dis :
«
Ecoutez…
vous
avez
pas
besoin
de
mes
conseils pour faire à votre idée…»
J'y
ai
dis,
vous
le
mangerez
tel
que
vous
allez
l'emmener
de
chez
Madame
Pimpol,
c'est
à
dire
cru
avec
de
la
moutarde
et
vous
boirez
quelque
chose
de
chaud
après,
une
infusion ou quelque chose...
Je
lui
dis
:
«
C'est
simple,
vous
n'avez
pas
besoin de pense-bête.»
Je
lui
dis
:
«
C'est
une
façon
de
parler,
je
me
permettrais
pas
de
dire
que
vous
êtes
bête.
D'autant
plus
que
pour
moi...,
je
lui
dis,
les
bêtes
c'est
souventes
fois
plus
intelligent
les
bêtes
que
beaucoup
d'humains que je connais...»
Et
j'y
ai
dis
:
«
Ça
s'adresse
pas
pour
vous,
ni
pour
Madame
Pimpol
mère,
ni
pour
Pimpol
fils...»
Et
je
dis
:
«
Ça
s'adresse
encore
moins
pour
la
ch'tite
Adline
qu'a
oublié
d'être
bête,
j'ai
même
servi
le
repas
pour son baptême... »
Alors
là
j'ai
dis
:
«
Ça
s'adresserait
peut-
être pour moi par contre... »
Là ils ont rigolé.
Et puis j'y ai dis :
«
Vous
n'avez
pas
besoin
d'une
ordonnance
ou
quoi,
vous
avez
qu'à
y
retenir seulement comme je vais vous dire.
–
Une
part
de
boudin
de
la
maison
Pimpol,
matin midi ou soir c'est vous qui voyez,
–
Un
peu
de
moutarde,
c'est
toujours
vous
qui voyez,
–
et
vous
boirez
quelque
chose
de
chaud
après
:
une
infusion
ou
quelque
chose
c'est
vous
qui
voyez
;
ou
si
vous
mangez
le
boudin
comme
entrée
ou
au
déjeuner
:
vous
avez
un
repas
chaud
dessus
c'est
très
bien.»
Je dis : « Moi je le mange le soir.
Je
mange
un
morceau
de
boudin,
j'en
prends
toujours
deux
chez
Madame
Pimpol
quand'te
j'en
prends
;
alors
quelques
fois
ils
y
passent
tous
les
deux
le
soir.
Je
les
mange
avec
de
la
moutarde.
Alors
comme
c'est
froid
;
je
m'fais
réchauffer
un
bol
ou
un
demi
bol
de
lait,
un
bout
d'boudin
du
pain
et
un
bol
de
lait
nature…»
Et
j'ai
dis
:
«
J'ai
pas
d'renvois.
Même quand'te je les fais à la poële.
Je
dis
:
ça
m'arrive
rarement
de
temps
en
temps
parce
que
j'ai
un
bon
estomac,
mais
ça
m'arrive
quelques
fois
que
j'en
remange,
pas
excessivement
longtemps,
mais
j'en
remange.»
***
Je la re-rencontre chez Madame Pimpol :
«
Bein,
elle
me
dit,
Monsieur
que
je
me
souviens
plus
votre
nom
mais
je
me
souviens
que
c'est
un
joli
nom,
je
vous
remercie
bien
de
vos
conseils
que
vous
m'avez donnés.»
Et puis Madame Pimpol lui dit :
«
Bein
oui,
les
conseils
à
Monsieur
Magui
ça
vous
a
porté
chance,
ça
vous
a
porté
chance
parce-que…
Elle
me
dit,
depuis,
ça
fait
combien
que
vous
lui
?..
Quand
t'est-
ce que déjà donc ?»
J'ai dis :
«
Bein
ça
doit
bien
faire
la
semaine
dernière si je me trompe pas.»
Elle lui dit :
« Et combien vous en avez pris ?»
Elle lui dit :
« Six morceaux.»
Puis elle dit :
«
Mon
mari
ne
l'aime
pas,
c'est
moi
qui
les
ai tous mangés.
Et elle dit : j'ai plus d'renvois.»
Je lui dis :
«
Il
y
a
pas
de
raison,
même
pas
de
les
rendre,
parce-que…,
je
dis,
...ils
sont
pas
volés.»
Alors
là
elle
a
encore
rigolé.
Et
c'est
là
qu'elle m'a dit :
«
Maintenant
il
faut
que
je
rentre
à
la
maison
parce
que
j'ai
un
jeune
chien
qui
est
malade,
le
vétérinaire
dit
qu'il
peut
rien
y faire pour lui.»
Alors je dis :
«
Vous
devriez
essayer
de
lui
donner
du
boudin.
Trois
fois
par
semaine.
Et
vous
verrez,
si
au
bout
de
deux
mois
votre
chien
vit
encore,
il
a
des
chances
de
vivre
jusqu'à
la fin de sa vie.»
Elle m'a dit :
«
Merci,
on
voit
que
vous
aimez
bien
les
animaux Monsieur Magui.»
Je lui dis :
«
J'avais
une
bergère
des
Pyrénées
qui
était
malade
lorsque
j'étais
chez
les
De
Laguigne
au
Château
de
Castelbrandy,
la
pauvre
petite
cocotte,
tous
les
jours
je
lui
filais le cigare...
Le
cigare
pour
prendre
la
température...
Le
thermomètre.
Elle
me
regardait
et
elle
avait
la
queue
qui
faisait
ça.
(la
queue
entre
les
jambes)
Je
lui
disais
:
Serre
pas
la
queue
ma
petite
cocotte
parce
que
je
trouve
plus
le
cigare
après.
Elle a jamais bougé.
J'avais
un
vieux
pull-over
que
la
fermeture
était
malade,
je
lui
mettais
sur
le
dos
pour
pas qu'elle attrape froid.
Si
elle
était
couchée
je
lui
mettais
le
thermo
et
pendant
ce
temps
là
je
mettais
mon
petit
déjeuner
sur
le
feu
avec
le
sien.
Et
je
lui
donnais
du
boudin.
Elle
aimait
bien le boudin.»
Oh
!
un
jour
y
a
Madame
la
Baronne
de
Laguigne,
Madame
la
Baronne
mère,
qui
me
dit:
«
Mon
p'tit
Henri
votre
chienne,
qu'est-ce
que
vous
lui
avez
donc
fait
qu'elle
était
mal
en
point
voilà
pas
si
longtemps
que
maintenant
elle
a
l'air
en
pleine forme ?»
Je
lui
ai
dis
:
«
Madame
la
Baronne
c'est
pas
compliqué
je
lui
donne
du
boudin
trois
fois par semaine.»
Elle
me
dit
:
«
Mon
petit
Joseph
est-ce
que
vous
voudriez
me
rendre
un
grand
service?»
–– Oui Madame la Baronne.
––
Quand'te
vous
irez
prendre
du
boudin
pour
votre
chienne
(en
baissant
un
peu
la
voix)
est-ce
que
vous
pourriez
pas
m'en
prendre un peux pour moi aussi ?
––
Madame
la
Baronne
est
malade
?
je
lui
dis.
Elle
me
dit
:
«
Non
mon
petit
Joseph
,
rassurez-vous
c'est
pas
pour
moi,
ce
serait
pour
Aldebert,
je
trouve
qu'il
va
pas
bien
et
qu'il
a
mauvaise
mine
ces
derniers
temps.
Croyez-vous
qu'il
l'aimerait
si
je
lui
en donnait aussi, du boudin ?»
––
Aldebert,
c'est
embêtant.
En
tout
cas
n'importe
comment
il
serait
étonnant
que..
que
si
ma
chienne
en
mange
qu'Aldebert
en mange pas lui aussi
Un
chien
est
un
chien,
n'importe
comment
je donnerais ma main à couper.»
––
Oh
!...
elle
me
dit,
n'en
faite
rien
mon
petit
Magui
je
ne
vous
en
demande
pas
tant !
C'est
marrant
comme
chien,
c'est
tout
petit,
il
servait
de
chaufferette
pour
les
mains
en
hiver.
Oui
oui...
On
appelait
ça
:
le
chien
Madame...
Ces
p'tits
chiens
on
les
appelait
aussi
les
p'tits
lèche..
euh..
mais
enfin
je
vous
laisse
le choix de deviner...
C’est
ce
qu’on
appelait
un
chien
de
manchon,
un
chien
qu'on
glissait
dans
un
manchon
de
fourrure,
et
on
mettait
une
main une d'un côté et une main de l'autre.
N'importe
comment
y
aurait
eu
une
autre
personne
que
Madame
la
Baronne
qui
lui
aurait
approché
une
main
sous
le
nez
même
avec
un
sucre,
chien
Madame
aurait
eu
vite
fait
de
lui
emporter
un
doigt
ou
un
morceau de bidoche de la main.
Peu
de
temps
après
y
a
la
reine
mère
qui
me
croise
dans
la
cour,
que
j'allais
porter
son
picotin
au
cheval
à
Monsieur
Edme,
un
ch'val
alezan
qu'avait
une
robe
magnifique ;
Elle
me
dit
:
«
Mon
petit
Magui
je
ne
sais
pas
comment
vous
remercier,
mais
depuis
qu'Aldebert
fait
sa
cure
de
boudin
il
a
bien
meilleure
mine,
il
va
beaucoup
mieux,
seulement
je
suis
un
peu
embêtée
parce-
que
maintenant
qu'il
y
a
pris
goût
il
veut
plus manger autre chose que du boudin.
Je
sais
pas
ce
que
je
pourrais
bien
lui
donner d'autre ?»
***
J’ai
passé
une
partie
de
ma
vie
dans
les
châteaux
et
puis
c'est
pas
désagréable.
Y
a
des
gens
qui
faut
surtout
pas
leur
en
parler,
c'est pas désagréable.
Au
moment
qu'j'ai
débuté
moi
c'était
très
dur
parc'que..
toute
la
journée
:
vous
vous
vous
vous
sans
arrêt
sans
arrêt,
"vouvou"
comme
les
chiens
et
puis
tout
le
monde
à
la
troisième
personne
puis
les...
des
courbettes
quelqu'fois
le..
le..
le..
le..
y..
y..
y
avait
"qu'ça
juste"...
l'épaisseur
d'une
feuille
de
papier
à
cigarette
qu'on
s'cognait
pas
l'menton,
sur
les
g'noux,
tandis
s'que
maintenant...
***